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De la trace au patrimoine incertain: l'exemple des mines d'uranium françaises

Grand Séminaire le 12 déc 2017 de 11h00 à 12h30

Intervenant : Sophie Bretesché

Enseignante-chercheure en sociologie au Laboratoire d'Economie et de Management de Nantes Atlantique (LEMNA) et à Ecole des Mines.

Salle Coriolis Salle Coriolis Observatoire Midi-Pyrénées - 14, avenue Edouard Belin - 31400 Toulouse

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Les enjeux liés à la reconnaissance d’un patrimoine spécifique se posent avec force concernant les sites miniers uranifères. La notion est en effet utilisée dans la perspective d’une prise en charge du suivi des sites sur de longues périodes, c’est- à dire le suivi et la transmission aux générations futures de l’héritage de l’exploitation d’uranium. A ce titre, elle met en scène deux registres : à la fois la prise en compte des effets de l’exploitation et leur gestion pérenne et de l’autre, la transmission de connaissances dans une perspective de long terme. Elle se distingue ainsi du processus de patrimonialisation observé dans les cas des mines de charbon qui au fil de l’histoire a connu un processus de protection, d’interprétation et de création culturelle.

A la différence du patrimoine minier au sens classique du terme, les sites uranifères ont été exploités sur une période beaucoup plus courte de l’histoire : trente-quatre ans d’un côté contre deux siècles d’industrialisation concernant le charbonnage par exemple.Les traces d’uranium révèlent également deux cadres temporels qui se sont succédé voire superposés. L’exploitation a été effacée du territoire sur le mode de l’oubli dans la perspective d’un retour à l’état de nature. Le temps de la surveillance qui se met en place à partir des années 90 délimite son propre espace- temps. Les traces visibles de l’exploitation sont effacées et la mesure prend comme point de référence la fin de l’exploitation. Pour autant, les restes d’uranium sur le territoire témoignent des pratiques du temps passé et ravivent le cadre temporel de l’exploitation. Les associations de défense de l’environnement comme les élus en appellent à la mémoire du lieu pour réinscrire les traces d’uranium dans l’histoire du territoire. Ils mettent en question le patrimoine et renvoient à deux cadres temporels distincts, celui de l’époque glorieuse, épique de l’exploitation de l’uranium en France et de l’autre, celui d’une gestion environnementale qui dénonce la trace indélébile laissée par le nucléaire.

Sur le plus long terme, l’exemple des sites miniers illustre la façon dont des contextes socio- culturels vont potentiellement structurer des représentations sociales du risque très différentes d’un territoire à l’autre. La prise en compte du risque environnemental présente cette singularité de concerner des populations inégales du point de vue de la répartition du capital économique. Cet élément renvoie à la façon dont des acteurs dans un environnement donné vont apprécier l’usage du territoire et la valeur du foncier. Ainsi, dans le cas d’activités industrielles révolues, cette évaluation se heurte potentiellement à des formes d’usage du territoire, voire des négociations locales qui participent à apprécier différemment les dommages créés par une industrie et la part de risque qui lui est associé.

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