OMP > Actualités > Actualités scientifiques > Le fleuve Amazone, une source majeure de contaminants organiques dans l'Atlantique Nord tropical

Le fleuve Amazone, une source majeure de contaminants organiques dans l'Atlantique Nord tropical

Les additifs organiques pour plastiques, tels les esters organophosphorés et les bisphénols, ainsi que d'autres contaminants organiques émergents, tels les composés perfluorés, sont de plus en plus détectés dans l'environnement et suscitent des inquiétudes en raison de leur toxicité présumée. Au cours de l'expédition transatlantique "Sargasses II", une équipe de chercheurs de l’Institut méditerranéen d’océanographie (MIO/PYTHÉAS, CNRS / Université de Toulon / IRD / AMU) et du Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS/OMP, UPS / CNRS / CNES / IRD) a prélevé et analysé des échantillons d'eau de mer entre le Cap-Vert et la Martinique. Les résultats indiquent que le fleuve Amazone est une source importante de contaminants organiques dans l'Atlantique Nord tropical.

La pollution de l'environnement par les plastiques fait l'objet d'une attention scientifique et médiatique considérable et a été identifiée comme l'un des principaux défis mondiaux de ce siècle. Les additifs, tels que les esters organophosphorés (OPE) et les bisphénols (BP), qui sont ajoutés aux plastiques au cours de leur fabrication pour les rendre plus souples, flexibles ou résistants à la chaleur, peuvent être libérés de la matrice polymère et interagir avec le système hormonal des organismes en agissant, entre autres, comme un perturbateur endocrinien. Avec d'autres contaminants organiques, tels que les composés perfluorés (PFC) utilisés dans les vêtements techniques en raison de leurs propriétés hydrofuges et oléofuges, ils constituent une menace, en particulier pour les milieux aquatiques qui reçoivent des apports importants de contaminants, notamment des effluents des stations d’épuration ou directement des industries. Les environnements côtiers sont donc soupçonnés d'être particulièrement touchés, mais les données provenant de l’océan du large - qui permettraient de réaliser des comparaisons - sont très rares.

artfleuveamazone-web

Gauche : distribution des contaminants organiques dans l'Atlantique Nord tropical. Droite : pourcentage de masses d'eau passant par l'estuaire et nombre de jours écoulés entre ce passage et l'échantillonnage (estimés avec le modèle de transport Ichthyop).

Afin d'étudier la présence de 9 OPE, 6 BP et 5 PFC dans les eaux tropicales de l'Atlantique Nord, des échantillons ont été prélevés, traités par extraction en phase solide (SPE) en salle blanche et analysés par chromatographie en phase gazeuse - spectrométrie de masse (GC-MS). Les résultats sont étonnants et indiquent que les concentrations les plus élevées (plus de 1,3 µg L-1 de contaminants totaux) ont été détectées au large, à environ 1200 km de l'embouchure du fleuve Amazone, et non pas près des côtes africaines ou caraïbes comme attendu. La courantologie de la zone d'étude, la distribution spatiale de la salinité et de la chlorophylle (mesurée à partir du coefficient d’atténuation à la longueur d’onde de 490 nm) ont confirmé que l’Amazone était très probablement à l'origine des concentrations de contaminants observées au large.
Ces résultats ont été confirmés avec le modèle de transport Ichthyop, en calculant à rebours dans le temps les 180 derniers jours de trajectoires de masses d'eau échantillonnées par des particules virtuelles aux heures et aux coordonnées géographiques des différentes sites d’échantillonnage. L’étude indique que la plupart des masses d'eau échantillonnées provenaient du panache de l’Amazone et ont ensuite été transportées vers le nord/nord-est par le courant du Nord Brésil et sa rétroflexion.

Ces travaux fournissent donc non seulement des données cruciales sur la présence d'OPE, de BP et de PFC dans l'environnement océanique de l'Atlantique Nord tropical, mais renforcent également les résultats de recherches antérieures selon lesquelles ces contaminants peuvent être transportés sur de longues distances par les masses d’eau, ce qui met en évidence leur potentiel de nuisance pour l'environnement.

Source

The Amazon River: A Major Source of Organic Plastic Additives to the Tropical North Atlantic?, Natascha Schmidt, Vincent Fauvelle, Anouck Ody, Javier Castro-Jiménez, Julien Jouanno, Thomas Changeux, Thierry Thibaut and Richard Sempéré, Environmental Science and Technology 53, 7513–7521., DOI: 10.1021/acs.est.9b01585

Contact chercheur

  • Julien Jouanno, chercheur IRD au Laboratoire d’études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS-OMP, UT3-Paul Sabatier/CNRS/CNES/IRD)

Voir en ligne : Sur le site de l’Institut des sciences de l’Univers

Afficher le pied de page