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Impact des définitions des forêts adoptées par les pays africains sur la conservation du carbone

Dans le cadre des programmes des Nations Unies sur le changement climatique liés à la protection des forêts, chaque pays doit choisir une définition des forêts. En utilisant des cartes de biomasse et de couverture forestière à fine résolution basées sur des images satellitaires, une équipe de chercheurs du Centre d’études spatiales de la biosphère (CESBIO/OMP, CNRS / UPS / IRD / CNES) et du Center for geoinformation (Wageningen University, The Netherlands) a démontré que les définitions choisies par certains pays africains font qu’une grande partie du carbone stocké dans les forêts se retrouvent dans des zones qui ne sont pas considérées comme de la forêt.
Les pays signataires de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC) participent à des programmes internationaux visant à limiter les changements climatiques en protégeant leurs forêts, tel que le programme de réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts (REDD+). Dans le cadre de REDD+, les pays s’engagent à réduire leurs émissions de carbone et reçoivent des compensations financières en échange. Pour estimer ces émissions de carbone, les pays doivent estimer la surface des zones déforestées et les quantités correspondantes de carbone émis dans l’atmosphère. Or, ces estimations dépendent fortement de la définition des forêts.

Carte du couvert forestier d’Afrique de 2010 à 30 m de résolution issue de données satellitaires [Hansen et al. (2013)].

Il existe de nombreuses définitions des forêts selon certains critères : qui définit la forêt et quelle fonction lui est attribuée (par exemple un écosystème, une source de services éco-systémiques, un système agricole). La plupart des définitions, en particulier celles liées à l’étude du cycle du carbone, sont basées sur quelques paramètres seulement, le plus important d’entre eux étant la couverture forestière.
  

Afin d’estimer les stocks nationaux de carbone et le taux de déforestation des zones de différentes couverture forestière (< 1 %, 2 %... 100 %), des chercheurs du CESBIO et du Center for geoinformation ont utilisé différentes cartes d’Afrique : une carte de biomasse (la biomasse étant très fortement corrélée au carbone) de 2010 à 25 m de résolution de Bouvet et al. (2018) et des cartes de couverture forestière de 2010 et de déforestation annuelle à 30 m de résolution de Hansen et al. (2013), toutes produites avec des données satellitaires.
 

Pour chaque pays africain partenaire d’un programme lié à REDD+ : proportion cumulative de biomasse aérienne (AGB) en fonction de la couverture forestière (TC). Les points indiquent les valeurs de TC choisies comme définition nationale de la forêt, pour les pays ayant choisis une définition.

Pour chaque pays africain partenaire d’un programme lié à REDD+ : proportion cumulative de biomasse aérienne (AGB) en fonction de la couverture forestière (TC). Les points indiquent les valeurs de TC choisies comme définition nationale de la forêt, pour les pays ayant choisis une définition.

Le groupe G1 comprend les pays dans lesquels la plus grande part du carbone est stockée dans les zones de forêts et le resterait si la couverture forestière choisie comme définition était plus élevée. Le groupe G2 comprend les pays dans lesquels la plus grande part du carbone est stockée dans les zones de forêts, mais serait stockée dans les zones de non-forêt si la couverture forestière choisie comme définition était plus élevée. Le groupe G3 comprend les pays dans lesquels la plus grande part du carbone est susceptible d’être stockée dans les zones de non-forêt, et le groupe G4 les pays dans lesquels la plus grande part du carbone est stockée dans les zones de non-forêt quelle que soit la couverture forestière.

Ces résultats montrent que dans certains pays, une proportion importante des stocks de carbone et des zones de déforestation est située dans les zones classées comme non-forêts, et donc est susceptible d’être négligée dans le cadre de REDD+. Ils montrent ainsi que le choix des définitions des forêts est capital pour la réussite des programmes tels que REDD+.
Les cartes globales de biomasse, et donc de carbone, issues des données de télédétection seront dans un avenir proche beaucoup plus précises que celles existantes, ce qui pourrait permettre de s’affranchir des problèmes liés aux définitions des forêts.

Source

Impacts of the forest definitions adopted by African countries on carbon conservation, Mermoz, S., Bouvet, A., Le Toan, T. and Herold, M. 2018, Environ. Res. Lett. 13 104014, https://doi.org/10.1088/1748-9326/aae3b1

Contact

  • Stéphane Mermoz, CESBIO/OMP, stephane.mermozSPAMFILTER@gmail.com, 05 61 55 85 35
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