Le trésor d’Agoudal (Haut Atlas, Maroc) : une météorite et un cratère d’impact

Une équipe internationale, composée de chercheurs de l’Université Hassan II de Casablanca, de l’Université de Toulouse, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), du Muséum d’Histoire Naturelle de Berlin et de Vienne et de l’Université d’Orsay, apporte un éclairage sur la chute de deux météorites à proximité du village d’Agoudal à plusieurs millions d’années d’intervalle, dans le Haut Atlas marocain. Ces résultats sont publiés dans la revue Meteoritics and Planetary Sciences, le 13 juin 2016. 

Les météorites du Maroc : un patrimoine scientifique et un marché convoité

Image satellite (fausses couleurs) de la région d’Agoudal avec le lieu de découverte des cônes de percussion.

Le Maroc, en particulier le sud désertique, est le lieu d’une immense richesse scientifique : les météorites. Ces roches tombées du ciel sont souvent très anciennes (4,5 milliards d’années) et renseignent sur les origines de la Terre.

Les chutes de météorites peuvent s’avérer dévastatrices et provoquer la formation de cratères d’impact, ayant des conséquences sur l’environnement à une échelle régionale ou mondiale [1].

Les météorites ont également une valeur commerciale, qui dépend de leur origine, certifiée par les études scientifiques. Collectées le plus souvent par les populations locales, les météorites se vendent à prix d’or à des passionnés ou à des collectionneurs internationaux. En l’absence de législation, ces objets quittent donc malheureusement le Maroc, et sont rarement conservés, exposés ou étudiés sur place.

Un éclairage nouveau sur l’origine de la première structure d’impact météoritique au Maroc

Une nouvelle découverte vient illustrer la place privilégiée qu’occupe le Maroc dans l’étude des chutes de météorites dans la communauté scientifique internationale. La présence des cônes de percussion - qui se présentent sur la forme de roches aux surfaces courbes et striées et constituent la preuve d’un impact météoritique (Fig. 1)- ainsi que les fragments d’une météorite de fer à proximité du village d’Agoudal, dans le Haut Atlas au Maroc (Fig. 2) ont attiré en 2013 l’attention de plusieurs équipes scientifiques.

Les premières recherches sur ce site ont été exposées en 2014, lors de la réunion annuelle de laMeteoritical Society, organisée à Casablanca. A cette occasion, la présence simultanée de cônes de percussion et de météorites avaient soulevé de vifs débats concernant l’existence d’un lien entre ces deux évènements.

En considérant la distribution des roches ayant subies le choc lié à l’impact, et le taux d’érosion dans cette région montagneuse, les chercheurs ont montré qu’une structure d’impact de plusieurs kilomètres s’était formée plusieurs millions d’années avant la chute de la météorite de fer d’Agoudal, il y a 105 000 ans. Il s’agit d’une très rare coïncidence et d’un fait géologique significatif pour l’histoire de la géologie marocaine. Le village d’Agoudal s’est construit à proximité de la première structure d’impact connue au Maroc, et porte le nombre de structures d’impact sur Terre à 189.

Les équipes marocaines et françaises impliquées dans ces recherches travaillent depuis plusieurs années à la sensibilisation auprès des populations et des pouvoirs publics sur cette richesse scientifique. Cette étude montre la vitalité de la recherche sur les météorites au Maroc, discipline qui joue un rôle majeur pour la promotion des sciences et de la culture scientifique dans ce pays.

Note :

  [1] Par exemple, le cratère de Chixculub (Mexique), est associé à l’extinction de nombreuses espèces il y a 65 millions d’années, phénomène popularisé par la disparition soudaine des dinosaures de la surface de la Terre.

Référence :

H. Chennaoui-Aoudjehane, H. El Kerni, W.U. Reimold, D. Baratoux, C. Koeberl, S. Bouley, M. Aoudjehane. The Agoudal (High Atlas Mountain, Morocco) shatter cone conundrum: a recent meteorite fall onto the remnant of an impact site. Meteoritics and Planetary Science, in press. Lire l'article

Cette publication est l’une des contributions à un volume spécial intitulé« Shatter cones : nature and genesis » co-édité par W.U. Reimold (Museum d’Histoire Naturelle de Berlin) et D. Baratoux (Université de Toulouse & Institut de Recherche pour le Développement).

Contacts :

  • David Baratoux / UMR Geéosciences Environnement Toulouse / david.baratouxSPAMFILTER@ird.fr
  • Hasnaa Chennaoui / Université Hassan II de Casablanca / chennaoui.hasnaa@gmail.com.

Source IRD

Powered by eZ Publish™ CMS Open Source Web Content Management. Copyright © 1999-2012 eZ Systems AS (except where otherwise noted). All rights reserved.