L’étude des glaces continentales de l’Eurasie : enjeux scientifiques et sociaux

Dans l’attente de la COP21 en septembre prochain, l’Observatoire Midi-Pyrénées poursuit la série d'événements dédiés à l’étude des évolutions climatiques. Le Café des Sciences de l’OMP s’est réuni pour la deuxième fois jeudi 28 mai. En cette soirée agréablement ensoleillée nous avons eu le plaisir d’écouter Alexei Kouraev, passionné par ses recherches. La présentation a laissé place au débat qui a permis de discuter des sujets, parfois mystérieux, liés aux glaces recouvrant en hiver lacs et mers en Carélie, Asie occidentale, Sibérie et Mongolie.

L’étude de ces couvertures glaciales est importante pour de nombreux domaines d’activité. Tout d’abord, pour la recherche scientifique visant à comprendre les changements climatiques grâce à la surveillance des caractéristiques de la glace dans les différentes régions de la Terre. Les travaux de l’équipe d’Alexei  portent essentiellement sur les étendues des eaux eurasiennes, telles que la mer Caspienne, la mer d’Aral, les lacs Onega, Ladoga, Khövsgöl, ou encore Baïkal. L’objectif est d’appréhender leurs caractéristiques : la date du gel et de la débâcle, l’épaisseur de la glace et sa structure, ainsi que celle de l’eau prisonnière. Le groupe de recherche dispose de diverses méthodes pour recueillir ces informations. Notamment, grâce aux satellites il est possible d’utiliser différents procédés de mesure ( altimétrie, radiométrie, radars…) qui se complètent en précision, en densité de prise de données et en caractéristiques étudiées.

Cependant, les expéditions sur le terrain restent indispensables lorsque surgit un doute sur l’exactitude des informations. En effet, l’interprétation des données reçues par satellite peut être différente en fonction des particularités de chaque lac, des conditions météorologiques (la neige qui recouvre la glace peut biaiser les données), ainsi que d’éventuels soucis techniques lors du survol du territoire étudié. D’ailleurs, les résultats des expéditions servent aussi à calibrer les appareils des satellites, afin d’assurer une meilleure prise de données.

Les expéditions permettent donc d’étudier minutieusement les caractéristiques de la couverture glaciale d’un lac. Les données pourront servir dans des recherches sur l’évolution du climat et dans la gestion durable de l’environnement. Leur analyse nous renseigne notamment sur l’avenir de la biodiversité des zones étudiées. Par exemple  pour les populations de phoques de la mer Caspienne la présence de la glace est vitale et la pollution, le réchauffement climatique, sont susceptibles de réduire son épaisseur mettant en danger les colonies. Par ailleurs, l’étude des glaces peut fournir des indications sur la sécurité maritime des étendues d’eau concernées.

Enfin, le débat sur l’apparition des mystérieux cercles sur la glace du lac Baïkal reste ouvert. Chaque année, d'énormes anneaux de 3 et 6 km de diamètre en moyenne apparaissent sur le lac gelé. Les contours sont constitués d’une glace plus fine à l’aspect plus sombre mais en raison de leur grande taille ne sont visibles que depuis l’espace. Ne se retrouvant jamais tout à fait au même endroit, il semblerait que certaines régions du lac soient plus propices à leur apparition. Observé et documenté depuis les années 1970, ce phénomène n’a pas encore trouvé une explication scientifique précise. L’activité tectonique au fond du lac et les émissions de gaz sont impliqués dans certaines théories proposées et ne sont pas à négliger. Les anneaux ont toutefois une forme parfaitement circulaire qui résulte d’un processus physique sans explication à ce jour.

L’étude des glaces continentales, sujet peu connu et difficilement accessible au grand public de prime abord, s’est avéré véritablement passionnant et facilement compréhensible grâce aux explications d’Alexei Kouraev. Les anecdotes recueillies lors des expéditions, percutantes et captivantes, ont parfaitement complété et illustré la présentation. Nous remercions nos auditeurs pour leur curiosité et interactivité qui ont permis de rendre la rencontre réellement conviviale et vivante.

Nous vous attendons le 10 juin 2015 pour la prochaine rencontre du Café des Sciences Catherine Jeandel, directrice de recherche au LEGOS, présentera les changements océaniques et atmosphériques liés à l’activité humaine.

 

Contact : yana.trifonovaSPAMFILTER@obs-mip.fr

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